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Santé et Droits Sexuels et Reproductifs des Jeunes Adolescents: Afrique subsaharienne
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Les accords internationaux affirment que les adolescents ont droit à une information, à une éducation et à des services de santé sexuelle et reproductive adaptés à leur âge et qui leur permettent de gérer leur sexualité de manière positive et responsable.1 Les programmes et les politiques sont cependant généralement conçus pour les adolescents plus âgés. Ce dossier – dans le cadre de la série de l’IWHC consacrée aux jeunes adolescents – se fonde sur les données factuelles de leurs connaissances et de leurs comportements sexuels et reproductifs pour démontrer la nécessité de politiques et de programmes plus sensibles à leurs besoins en Afrique subsaharienne et dans le reste du monde*. Par jeunes adolescents, nous entendons les garçons et les filles âgés de 10 à 14 ans.
Malgré les nombreuses généralisations dont elle fait l’objet, l’Afrique subsaharienne se caractérise en réalité par d’extrêmes contrastes dans les comportements sexuels, matrimoniaux et reproductifs des adolescents.Les différences tiennent à la variété des identités religieuses, raciales et ethniques, des antécédents coloniaux et post-coloniaux, des conditions politiques et socioéconomiques et des systèmes de parenté. On en sait plus sur les comportements sexuels et reproductifs des adolescents de ces contrées que sur ceux du reste du monde en développement en raison, notamment, des hauts taux de fécondité et de VIH/sida enregistrés parmi les jeunes (femmes surtout) de certaines
régions.2-5
INITIATION SEXUELLE
Les tendances aux relations sexuelles, mariage et maternité précoces varient considérablement en Afrique subsaharienne.
- Les proportions de filles de 15 à 19 ans qui déclarent avoir eu des rapports sexuels avant leur 15e anniversaire varient entre 3 % à peine au Zimbabwe et au Rwanda, 27 % en Guinée et 30 % au Niger (voir le tableau).
- De très grandes proportions de garçons déclarent des rapports hétérosexuels avant l’âge de 15 ans dans certains pays (48 % au Gabon), par rapport à de très faibles dans d’autres (2 % en Mauritanie).
- Dans la plupart des pays de la région, une nette proportion de filles ayant déclaré avoir eu des rapports sexuels avant l’âge de 15 ans n’étaient pas mariées au moment de leur initiation sexuelle. Par contre, pour les filles de 14 ans ou moins, les rapports sexuels sont liés à un mariage précoce arrangé dans les pays tels que le Niger, le Tchad, la Mauritanie et l’Éthiopie.

- Malgré le déclin des mariages précoces enregistré à l’échelle régionale,6,7 une fille sur six au moins se marie ou s’engage toujours dans une union consensuelle avant l’âge de 15 ans dans sept pays (voir le tableau).
- Pratiquement toute l’activité sexuelle masculine, avant l’âge de 15 ans, est antérieure au mariage. En Afrique, les hommes ne se marient généralement pas avant l’âge de 25-30 ans, alors que leurs épouses sont beaucoup plus jeunes.6,7
- Dans tous les pays, moins de 7 % des filles ont des enfants avant l’âge de 15 ans. Les risques de complications et de mort liés à la grossesse sont cependant élevés car l’accès à des obstétriciens qualifiés et à l’avortement sans risques est limité.8
- L’initiation sexuelle précoce est souvent forcée, pour les filles comme pour les garçons. Dans certains pays, quelque 25 % des filles et des jeunes femmes déclarent avoir vécu leurs premiers rapports sexuels sous la contrainte, l’expérience étant associée à des épisodes ultérieurs de rapports forcés et non protégés, ainsi qu’à de plus hautes probabilités de grossesses non planifiées et d’IST, VIH/sida compris.9-12
- Les garçons peuvent être coupables aussi bien que victimes de contraintes sexuelles, même pendant la jeune adolescence. Au Kenya, les garçons ayant vécu leurs premiers rapports sexuels sous la contrainte admettent plus volontiers avoir usé de persuasion ou de force dans leurs rapports ultérieurs.13
- Lors d’une enquête menée auprès d’élèves de l’enseignement primaire de 12 ans et plus à Mwanza (Tanzanie), 80 % des garçons et 68 % des filles se sont révélés « sexuellement expérimentés ». Bien que la moitié, environ, des garçons et des filles aient rapporté, comme premier acte sexuel, des rapports vaginaux, 40 % ont plutôt fait état de relations buccogénitales et 10 % de pénétration anale.14
- Les orphelins et les enfants vulnérables peuvent s’avérer particulièrement susceptibles d’activité sexuelle précoce en raison, notamment, de leur faible encadrement social et économique. En Afrique du Sud, une étude a révélé que 23 % des orphelins avaient eu des rapports sexuels avant l’âge de 13 ans, par rapport à 15 % de leurs homologues non-orphelins.15
SAVENT LES JEUNES ADOLESCENTS ?†
Malgré de très hauts niveaux d’activité sexuelle précoce et/ou de prévalence du VIH/sida dans certains pays d’Afrique subsaharienne, les jeunes ignorent souvent comment se protéger, eux-mêmes et leurs partenaires.16 Ces dernières années, les politiques et programmes axés sur l’abstinence prénuptiale plutôt que sur une éducation complète à la sexualité, ont exacerbé cette tendance.
- Au Burkina Faso, au Ghana, au Malawi et en Ouganda, moins de 20 % des garçons et des filles de 12 à 14 ans sont bien informés sur les questions de prévention du VIH et de la grossesse.17 Alors que 41 % des filles ont reçu une éducation à la vie familiale ou sexuelle dans les écoles du Ghana, 10 % seulement en ont bénéficié au Burkina Faso.17
- Quand bien même les adolescents auraient entendu parler du VIH/sida, peu possèdent une connaissance précise des autres IST. Au Ghana, par exemple, 25 % seulement des garçons et des filles de 12 à 14 ans ont entendu parler d’IST autres que le VIH/sida.18
- À Benin City (Nigeria), si la plupart des lycéens sont au courant de plusieurs IST, ils n’en croient pas moins que le risque vient des rapports sexuels avec des « étrangers ». Beaucoup pensent aussi que les IST représentent une conséquence inévitable de la sexualité active.19
- Partout en Afrique subsaharienne, les adolescents sont généralement mal informés des symptômes et traitements efficaces des IST. Certains ont recours aux médicaments en vente libre ou aux remèdes de guérisseurs traditionnels.
RÉPONSES POLITIQUES ET PROGRAMMATIQUES
Les faits indiquent que le déni d’information et de services aux jeunes ne fait qu’accroître, le cas échéant, la probabilité d’une initiation sexuelle non protégée21. Les jeunes doivent disposer non seulement d’une information élémentaire au sujet de leur corps et de la prévention du VIH/sida et de la grossesse, mais encore de programmes qui abordent les questions d’égalité entre les sexes, d’autonomisation, de droits et de responsabilités, ainsi que de négociation et de décision en matière de sexualité et de reproduction. Une véritable participation des adolescents à la conception et l’élaboration des programmes, des lois et des politiques qui affectent leur vie sexuelle et reproductive devrait leur être garantie.
Dans de nombreux pays d’Afrique subsaharienne, la mutilation génitale des filles, pendant l’enfance ou l’adolescence, exige une forte réponse politique et programmatique apte à éliminer cette pratique.
Éducation à la sexualité : Il existe dans toute la région, dans les écoles comme en dehors, un besoin pressant de programmes d’éducation sexuelle et à la vie familiale, y compris dans le cadre de formules avec pairs éducateurs.14,16 Pour optimiser la portée d’une éducation, complète et de droit, à la sexualité dans les établissements d’enseignement primaire et moyen, il faudra surmonter, dans de nombreux pays, les obstacles à la scolarisation – y compris la discrimination à l’encontre des filles (voir le tableau).6 Le sujet a été introduit dans les programmes scolaires du Cameroun et du Nigeria,22 entre autres pays, mais l’opposition des groupes religieux conservateurs est forte. Divers programmes scolaires ont été évalués au Kenya, au Nigeria, en Ouganda, en Tanzanie et dans d’autres pays afin de déterminer leur impact sur les connaissances et les comportements. Beaucoup visent cependant les élèves plus âgés et sont de brève durée.23-25
Services de santé sexuelle et reproductive : Les organisations non gouvernementales (ONG) ont implanté des services de santé reproductive ouverts aux adolescents en différentes localités ougandaises, tanzaniennes et zambiennes, notamment. Ces services cherchent généralement à informer les jeunes, hommes et femmes, de 10 à 24 ans et à répondre à leurs besoins de santé sexuelle et reproductive, à améliorer l’accès et à former les prestataires.23 Même dans les pays où de tels services et prestations cliniques sont assurés par les ONG ou le secteur public, la couverture est souvent limitée et la portée et la qualité des soins ne sont guère uniformes.20 À l’image de leurs aînés, les adolescents plus jeunes doivent avoir accès à des services de conseil et dépistage des IST/VIH ; de conseil et traitement relatifs à la contrainte et à la violence sexuelle ; de conseil et d’approvisionnement en contraceptifs ; de soins prénatals et obstétriques ; et d’accès sûr et sans délai à l’avortement, afin de prévenir les complications et décès évitables. Dans toute la région, un plus grand investissement dans la qualité et l’infrastructure des services de santé sexuelle et reproductive est essentielle au bien-être présent et futur des jeunes adolescents.
Autres approches : Des programmes communautaires destinés aux jeunes adolescents et à leurs aînés ont été instaurés dans certains pays, comme le Botswana, le Cameroun, la Guinée, le Kenya, l’Afrique du Sud et le Zimbabwe. Ces programmes incorporent généralement des campagnes de promotion médiatique d’une sexualité sans risques, de marketing social du préservatif masculin et féminin, de conseil par les pairs sur les questions de santé sexuelle et reproductive et d’animation télévisée, radiophonique, théâtrale ou récréative.24,25 Au Nigeria, certains programmes remettent spécifiquement en cause les idéologies et les pratiques qui privilégient l’homme et lui accordent la primauté sexuelle ; ils autonomisent les filles et les encouragent à prendre elles-mêmes, en toute connaissance de cause, les décisions relatives à leur corps et à leur vie – même en ce qui concerne la résistance à la mutilation génitale.26
*Les connaissances et comportements sexuels et reproductifs des jeunes de 10 à 14 ans sont peu documentés. Sauf indication contraire, ce dossier repose largement sur les déclarations de jeunes de 15 à 19 ans concernant leurs connaissances et leurs comportements antérieurs à l’âge de 15 ans, d’après les Enquêtes démographiques et de santé disponibles de la région.
†Les données relatives aux adolescents plus âgés sont utilisées ici, l’hypothèse étant que les jeunes de 10 à 14 ans en savent encore moins que leurs aînés sur les questions de sexualité et de reproduction.
Remerciements :
Merci à Shehu Idris (International Centre for Reproductive Health and Sexual Rights, Nigeria).
Références
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